Dans les Annales des Missions étrangères et de l’Œuvre des partants de 1902, on peut lire, à partir de la page 142, un article consacré à l’inauguration, le 10 mars 1902, de la statue de Mgr Pierre Pigneau de Behaine, Évêque d’Adran et Vicaire apostolique de Cochinchine (Tượng đài Giám mục Pigneau de Behaine (Bá Đa Lộc)).
L’évêque y est représenté debout, plus grand que nature (2,90 m). Sa main droite tend le traité de Versailles du 28 novembre 1787, fruit de sa diplomatie, qui scellait l’alliance entre Louis XVI et l’empereur d’Annam, Gia Long. Sa main gauche repose doucement sur celle du prince Cảnh, son royal élève, debout à ses côtés, que l’évêque semble ainsi présenter au peuple.
Comme Victor Olivier de Puymanel, Mgr Pigneau fut parmi les premiers à soutenir celui qui deviendrait l’empereur Gia Long. Si le premier forma et dirigea son armée, le second en fut l’éminence grise.
« Il y reçut en 1771 (à Pondichéry) les bulles qui le nommaient évêque d’Adran. Il fut sacré à Madras en 1774 et, en 1776, repartit pour la Cochinchine… » (Annales des Missions étrangères, 1902)
Dans le discours qu’il prononça le 16 décembre 1799 lors des funérailles de Mgr Pigneau, l’empereur Gia Long déclara :
« Je possédais un sage, l’intime confident de tous mes secrets, qui, malgré la distance de mille et mille lieues, était venu dans mes États, et ne me quitta jamais, lors même que la fortune m’abandonnait. »
La statue fut détruite en 1945, sous le gouvernement éphémère de Trần Trọng Kim. En 1958, Mgr Giuse Phạm Văn Thiên fit ériger à sa place une statue de la Vierge Marie, sculptée en granit à Rome.
Le tombeau de Mgr Pigneau fut détruit le 1er mars 1983 par décision des autorités d’Hô Chi Minh-Ville. Jean-François Parot, alors Consul général de France, engagea des négociations pour récupérer les restes du diplomate. Les travaux d’exhumation furent menés en hâte afin de profiter de l’escale à Singapour de la Jeanne pour le rapatriement.
« Le jour de l’ouverture du tombeau, le diplomate se précipite sur les lieux… L’évêque d’Adran apparaît alors en majesté… » (Caroline Becker, Aleteia)
Le soir même, les restes sont incinérés, conformément aux directives locales. Une cérémonie discrète a lieu dans le bureau du consul.
« Par exception… ces illustres avaient bien droit à un moment de recueillement et à quelques prières. »
Jean-François Parot reçoit une lettre de remontrance des Missions étrangères, à laquelle il répond :
« Il aurait peut-être été préférable de laisser les bulldozers bousculer les vestiges d’un grand passé. »
Une partie des cendres repose aujourd’hui dans la crypte des Missions étrangères de Paris (rue du Bac), l’autre dans l’église d’Origny-en-Thiérache. Une cérémonie y fut célébrée le 2 octobre 1983.
« Ainsi s’achevait dignement le destin exceptionnel d’un héros de notre histoire… »
Un vestige demeure : la maison offerte par Gia Long à Mgr Pigneau, construite en 1790. D’abord située près de l’arroyo de l’Avalanche, elle a été déplacée dans les jardins de la Résidence de l’Archevêque de Saïgon. Elle est aujourd’hui la plus vieille maison de Saïgon.
La Tân Xá est devenue une chapelle où la messe est célébrée chaque jour à 6 h.
Si vous venez à Hô Chi Minh-Ville, allez la voir. En souvenir de ces hommes qui, au XVIIIe siècle, aidèrent un seigneur du Sud à devenir empereur.
Et, au passage, admirez l’Archevêché :

180 Nguyễn Đình Chiểu, 3ᵉ arrondissement.