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Vendeurs de billets de loterie : les marchands de chance des rues vietnamiennes

Au Vietnam, les vendeurs ambulants de billets de loterie font partie du paysage quotidien. On les rencontre aux terrasses des cafés, dans les restaurants, sur les marchés ou simplement le long des routes, une liasse de billets à la main. Ce petit commerce constitue un moyen de subsistance accessible, puisqu’il nécessite peu de capital et aucune qualification particulière. Il est exercé notamment par des personnes âgées aux pensions modestes, des travailleurs précaires, des migrants, des personnes handicapées et, plus ponctuellement, des jeunes cherchant un revenu complémentaire. Les enquêtes vietnamiennes soulignent d’ailleurs la grande vulnérabilité sociale de cette population de vendeurs.

Dans le Sud, il s’agit généralement de la xổ số kiến thiết, littéralement la « loterie pour la construction nationale », loterie publique dont les bénéfices contribuent aux budgets provinciaux et au financement d’équipements collectifs. Chaque billet coûte 10 000 đồng et le gros lot traditionnel atteint 2 milliards de đồng. À la valeur actuelle, cela représente environ 66 000 euros avant imposition. Depuis le 1ᵉʳ juillet 2026, les gains de loterie sont soumis à un impôt de 10 % sur la partie dépassant 20 millions de đồng. Le rêve du milliardaire existe donc bien, même si l’administration fiscale se réveille avant lui.

Le vendeur ambulant, lui, ne touche évidemment pas une part du gros lot. Sa rémunération provient de la différence entre le prix auquel l’intermédiaire lui remet les billets et leur prix de vente. Elle se situe généralement entre 1 000 et 1 200 đồng par billet, soit environ 10 à 12 % du prix facial. Les pratiques varient cependant suivant les agences et le nombre d’intermédiaires. Les compagnies de loterie versent jusqu’à 15 % de commission à leurs agents, mais seule une partie arrive jusqu’au vendeur de rue. Pour gagner 200 000 đồng dans une journée, il faut donc vendre autour de deux cents billets. Il faut les proposer un à un, sous le soleil ou sous la pluie, en parcourant parfois plusieurs kilomètres à pied ou à moto. Il ne s’agit pas d’un emploi salarié : les vendeurs n’ont généralement ni contrat de travail, ni assurance sociale attachée à cette activité. Le temps joue également contre eux. Dans le Sud, le tirage quotidien commence vers 16 h 15, et non à 17 h ou 18 h comme dans les autres régions. Les tirages du Centre commencent plus tard et ceux du Nord autour de 18 h 15. Pour les billets du Sud, l’approche de 16 heures marque donc la dernière ligne droite.

C’est à ce moment que les vendeurs deviennent parfois plus insistants. Un billet qui n’a pas trouvé preneur avant le tirage ne rapporte évidemment aucune commission. En principe, les billets invendus peuvent remonter jusqu’à la compagnie avant l’heure limite, mais la réalité est plus compliquée lorsque plusieurs niveaux d’intermédiaires séparent le vendeur ambulant de l’agence principale. Certains vendeurs doivent donc écouler le plus possible de leur stock avant l’échéance. D’où ces phrases que l’on entend souvent à la terrasse d’un café ou devant un restaurant : quelques billets restent à vendre, la journée a été mauvaise, le tirage approche… Et beaucoup de Vietnamiens achètent alors. Non pas nécessairement parce qu’ils croient réellement au gros lot, mais parce que l’achat possède aussi une petite dimension sociale. On donne 10 000 đồng et, en échange, on reçoit autre chose qu’un simple appel à la générosité : un billet et la possibilité, aussi infinitésimale soit-elle, que le geste charitable se transforme en fortune. La relation est ainsi très différente de celle de la mendicité. Le vendeur travaille, propose un produit et conserve sa dignité d’échange. L’acheteur peut quant à lui se dire qu’il a donné un petit coup de pouce à une personne qui en avait besoin. On achète alors le billet autant pour aider le vendeur que pour tenter sa chance. Et si, par extraordinaire, les six chiffres sont les bons, la bonne action aura simplement été un peu mieux récompensée que prévu.