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Religion des Quatre Gratitudes et de la Piété filiale

Le Tứ Ân Hiếu Nghĩa, que l’on peut traduire par « religion des Quatre Gratitudes et de la Piété filiale », est un mouvement religieux fondé en 1867 par Ngô Lợi, appelé par ses fidèles Đức Bổn Sư, le « Maître fondateur ». Le mouvement s’enracina profondément à Ba Chúc, au pied du Núi Tượng, dans la région des Bảy Núi, les « Sept Montagnes » d’An Giang.

Il appartient au paysage religieux particulièrement original qui s’est développé dans le sud du Vietnam au XIXᵉ siècle, où se mêlaient bouddhisme, taoïsme, culte des ancêtres, morale confucéenne et croyances populaires locales. Dans un contexte marqué par les bouleversements politiques, la colonisation française et les transformations sociales de la Cochinchine, cette région vit apparaître plusieurs mouvements religieux proprement vietnamiens. Le Tứ Ân Hiếu Nghĩa s’inscrit notamment dans le prolongement du Bửu Sơn Kỳ Hương, apparu quelques décennies auparavant. Plus tard, le même Sud vietnamien verra naître le caodaïsme, officiellement constitué en 1926 à Tây Ninh, puis le bouddhisme Hòa Hảo, fondé en 1939 en An Giang.
La doctrine du Tứ Ân Hiếu Nghĩa repose notamment sur quatre grandes « gratitudes », ou dettes morales, que chaque fidèle doit reconnaître et honorer.
La première, Ân tổ tiên cha mẹ, est la gratitude envers les ancêtres et les parents. Elle implique la piété filiale, le respect des parents et l’entretien du culte ancestral, éléments fondamentaux de la société vietnamienne traditionnelle.
La deuxième, Ân đất nước, est la gratitude envers le pays et la patrie. Dans le contexte de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, cette dimension revêt une signification particulière. Ngô Lợi et nombre de ses disciples évoluaient dans un Sud vietnamien profondément bouleversé par la conquête coloniale française. Le mouvement posséda ainsi, à ses débuts, une dimension religieuse étroitement associée à la résistance politique et à l’organisation de communautés capables de se défendre.
La troisième, Ân Tam Bảo, est la gratitude envers les Trois Joyaux du bouddhisme : le Bouddha, le Dharma, son enseignement, et le Sangha, la communauté des pratiquants.
Enfin, Ân đồng bào và nhân loại désigne la gratitude envers ses compatriotes et, plus largement, envers l’humanité. Elle rappelle les obligations de solidarité qui unissent les membres d’une même communauté, mais également les êtres humains partageant une même condition.

La photographie montre la pagode Tam Bửu de Ba Chúc, dans la province d’An Giang. Elle constitue le principal sanctuaire, le tổ đình, du Tứ Ân Hiếu Nghĩa. Établie au cœur des Bảy Núi, elle demeure aujourd’hui encore l’un des grands centres spirituels du mouvement.
Le lieu porte également la mémoire tragique du massacre de Ba Chúc, perpétré par les Khmers rouges en avril 1978. Des centaines d’habitants s’étaient réfugiés dans les pagodes Tam Bửu et Phi Lai ainsi que dans plusieurs sanctuaires voisins. À Tam Bửu, plusieurs centaines de personnes furent capturées par les forces khmères rouges, conduites hors de la pagode puis massacrées. À la pagode Phi Lai, située à proximité, 43 personnes s’étaient dissimulées sous l’autel ; 40 d’entre elles furent tuées par des grenades.

Ainsi, Tam Bửu n’est pas seulement le sanctuaire d’une religion née dans les bouleversements du XIXᵉ siècle. Le lieu réunit deux dimensions essentielles de l’histoire de Ba Chúc : la mémoire d’un mouvement religieux profondément enraciné dans la société rurale du Sud vietnamien et celle, beaucoup plus récente et tragique, des massacres de 1978.