
Le Musée de Đồng Tháp, à Cao Lãnh, est probablement l’un des musées provinciaux les plus intéressants du delta du Mékong pour qui souhaite comprendre l’histoire du Tây Nam Bộ dans sa profondeur. Il ne possède ni la monumentalité des grands musées de Hô-Chi-Minh-Ville ni une muséographie particulièrement sophistiquée. C’est précisément ce qui fait son intérêt. Derrière des vitrines parfois austères, des panneaux abondamment écrits, des cartes peintes, des photographies anciennes et quelques dioramas au réalisme volontiers démonstratif, se dessine une histoire extraordinairement cohérente du territoire.
Le musée actuel conserve plusieurs dizaines de milliers d’objets et de documents. Le bâtiment d’exposition de Cao Lãnh, inauguré le 29 décembre 2000 après un chantier commencé en 1999, développe environ 1 500 m² sur deux niveaux. La présentation permanente associe trois grands ensembles : le territoire et les populations de Đồng Tháp, la période de lutte contre la France, puis celle de la guerre qui opposa la République démocratique du Vietnam et les organisations révolutionnaires du Sud à la République du Vietnam et aux États-Unis. À cela s’ajoutent aujourd’hui les collections consacrées à l’archéologie d’Óc Eo-Gò Tháp et à Nguyễn Vĩnh Bảo, grande figure du đờn ca tài tử.
La visite raconte ainsi beaucoup plus que l’histoire administrative d’une province. Elle permet de suivre, presque couche après couche, la transformation d’une immense zone humide du bas Mékong : civilisation ancienne, présence khmère, installation vietnamienne, formation des villages, administration Nguyễn, colonisation française, mobilisations politiques, guerre d’Indochine, division de 1954 puis nouvelle guerre jusqu’en 1975.
Un fil conducteur finit par relier toutes ces périodes : l’eau.
Avant le Vietnam : Óc Eo et Gò Tháp

La première rupture avec une lecture exclusivement nationale de l’histoire apparaît dans les salles archéologiques.
Bien avant que cette région ne devienne vietnamienne, le bas Mékong avait accueilli une civilisation complexe, aujourd’hui désignée sous le nom de culture d’Óc Eo. Elle se développe pendant le premier millénaire de notre ère et est généralement associée, avec toutes les précautions qu’impose l’identification entre données archéologiques et sources écrites, au Funan mentionné par les chroniqueurs chinois.
Le site de Gò Tháp, dans la Plaine des Joncs, constitue l’un des grands foyers archéologiques de cette civilisation. Les fouilles y ont livré des architectures religieuses en brique, des sculptures hindoues, des objets précieux et des témoignages d’un artisanat particulièrement élaboré.
Les collections de Đồng Tháp sont exceptionnelles. Le musée conserve aujourd’hui plusieurs objets classés « trésors nationaux », notamment trois représentations de Vishnu, une statue de Lakshmi et une collection de feuilles d’or ornées, dont certaines portent des représentations d’éléphants. L’une des statues de Vishnu, découverte à Gò Tháp Mười en juillet 1998 et datée du VIᵉ siècle, constitue l’une des œuvres majeures de la sculpture d’Óc Eo.
Une divinité hindoue sculptée dans le grès, des feuilles d’or travaillées avec une grande finesse, des bijoux et des matrices retrouvés au milieu de ce qui deviendra la Plaine des Joncs rappellent qu’avant d’être une marge marécageuse du Vietnam, la région appartenait déjà à des réseaux économiques et culturels reliant le monde indien, l’Asie du Sud-Est et la Chine. Les collections d’orfèvrerie montrent d’ailleurs simultanément des influences indiennes et des créations proprement locales.
C’est un premier enseignement essentiel : le delta n’était pas vide avant l’arrivée des Vietnamiens.
La construction du territoire vietnamien
Quelques siècles plus tard commence une autre histoire, celle de l’installation progressive des populations vietnamiennes et de l’intégration de ces terres à l’espace politique des Nguyễn.

Deux simples panneaux administratifs du musée permettent de mesurer le phénomène d’une manière presque étonnamment concrète.
Le premier recense les 84 thôn et phường présents au début du XIXᵉ siècle sur le territoire correspondant à l’actuel Đồng Tháp. Thôn désigne la communauté villageoise rurale. Phường, dont le sens est alors plus large qu’aujourd’hui, peut désigner une communauté organisée, parfois artisanale ou commerciale.
Ce document constitue en quelque sorte une photographie du maillage vietnamien au début de la dynastie Nguyễn.
Les noms sont révélateurs : Mỹ, Tân, An, Bình, Hòa, Phú reviennent constamment. Ils appartiennent à un vocabulaire sino-vietnamien de bon augure : tân, nouveau ; an, paix ou sécurité ; bình, paix ou pacification ; hòa, harmonie ; phú, richesse ou prospérité ; mỹ, beauté. Il faut se montrer plus prudent avec Long. Selon le caractère chinois utilisé, il peut s’agir de 龍, le dragon, mais aussi fréquemment de 隆, « prospère », « florissant ».
Cette répétition n’en forme pas moins une véritable géographie morale du territoire. Nommer les nouveaux villages, c’est déjà leur assigner un avenir : paix, stabilité, harmonie, prospérité.
Le Nam Tiến cesse ici d’apparaître comme une simple flèche descendant du nord vers le sud sur une carte. Ce que montrent les listes du musée est beaucoup plus concret : le territoire est progressivement recensé, les habitants regroupés, les villages nommés, les communications organisées, l’impôt perçu.
L’État avance parce que le village avance.
Nguyễn Tú : le Nam Tiến au ras du sol

La remarquable stèle de Nguyễn Tú, Tiền hiền de Mỹ Trà, donne un visage à ce processus.
Le terme Tiền hiền désigne dans la tradition méridionale l’un des premiers fondateurs d’une communauté, celui qui a participé au défrichement, à l’établissement des habitants et à la constitution du village.
Nguyễn Tú venait de Quy Nhơn, dans l’actuelle province de Bình Định. Il s’établit dans la région sous Gia Long et participa à la création des villages de Mỹ Trà et d’An Bình. La tradition locale conserve même le souvenir d’un homme ayant possiblement servi auparavant dans les forces Tây Sơn, ce qui rappellerait combien les trajectoires individuelles résistent aux classements politiques trop simples.
La stèle raconte presque physiquement la création d’un village : terres difficiles, passages boueux, hameaux dispersés, ouverture des communications, regroupement des habitants et apparition progressive d’une véritable communauté.
En 1876, lors de la construction d’une route reliant le marché de Mỹ Trà à An Bình, deux tombes furent découvertes sur le tracé. Les anciens reconnurent celles de Nguyễn Tú et de son épouse. Le couple étant mort sans descendants, la communauté décida de préserver leur souvenir et de dresser cette stèle en caractères chinois. Le village devient le descendant de celui qui n’en avait pas.
Et le texte rappelle une idée profondément vietnamienne : « Celui qui mange le fruit se souvient de celui qui planta l’arbre. » Lorsque cette stèle est érigée en 1876, la Cochinchine est pourtant déjà française. Elle demeure néanmoins écrite en chữ Hán, composée par des lettrés et structurée selon les catégories morales du confucianisme.
De l’administration Nguyễn à la province française
Le second panneau administratif (photo ci-dessus) du musée montre la province de Sa Đéc sous les Français :
« Tỉnh Sa Đéc chia làm 3 quận, 10 tổng, 67 làng », soit « La province de Sa Đéc est divisée en trois districts, dix cantons et soixante-sept villages ». Cette liste permet de mesurer simultanément une continuité et une rupture. Les Français ne suppriment pas le village vietnamien. Ils conservent le làng, utilisent le tổng, regroupement de villages généralement traduit par « canton », et s’appuient sur des cadres administratifs locaux déjà existants. Mais il ne faudrait pas en déduire une simple permanence.
Les structures anciennes sont réorganisées, rationalisées et subordonnées à un nouvel appareil colonial. Le village devient notamment un rouage de la fiscalité, du cadastre, de la police locale et de l’administration foncière. Les deux panneaux, placés presque côte à côte, permettent donc de suivre en moins d’un siècle le passage d’un espace méridional récemment intégré à l’empire Nguyễn à une province incorporée dans l’administration coloniale française.
Un détail mérite une attention particulière : les mentions de Phước Hậu giang trạm et Tân Giai giang trạm. Giang trạm signifie « relais fluvial ». Sous les Nguyễn, les relais impériaux n’étaient pas uniquement établis le long de routes terrestres. Dans le delta, où un arroyo constituait souvent une voie plus efficace qu’un chemin, les communications officielles empruntaient naturellement l’eau. Nous ne sommes donc pas exactement sur la Route Mandarine classique. Nous sommes devant son équivalent méridional. Dans le delta, la route impériale devient parfois un fleuve.
Une civilisation du fleuve
Les collections ethnographiques prolongent cette démonstration.

Outils agricoles, matériel de pêche, objets de la vie domestique et instruments de musique montrent une société qui a appris à vivre dans un milieu amphibie. Dans le delta, la barque n’est pas seulement un moyen de transport. Le canal n’est pas simplement un ouvrage hydraulique. Ils appartiennent à l’organisation même de la société.
Une vitrine consacrée aux instruments traditionnels permet de retrouver le monde du đờn ca tài tử, musique savante et populaire du Nam Bộ. Guitare vietnamienne aux frettes creusées, đàn tỳ bà, đàn nguyệt, vièles et percussions témoignent de l’extraordinaire métissage musical du Sud. Cette présence est particulièrement justifiée à Đồng Tháp, terre de Nguyễn Vĩnh Bảo, l’un des grands maîtres du đờn ca tài tử au XXᵉ siècle. Un espace spécifique lui est aujourd’hui consacré et conserve instruments, enregistrements, photographies et documents personnels.
Le musée échappe ainsi, au moins partiellement, au travers fréquent des musées historiques vietnamiens qui consiste à faire commencer la véritable histoire avec la révolution. Mais c’est naturellement cette dernière qui occupe une grande partie des salles.
1930 : du malaise paysan à la mobilisation politique

Un grand diorama représente une foule rassemblée devant les autorités. Les banderoles portent des revendications extrêmement concrètes :
« Giảm tô tức », « réduire les fermages et les intérêts ».
« Bỏ phạt vạ vô lý », « supprimer les amendes arbitraires ».
La scène représente la grande manifestation du 3 mai 1930 à Cao Lãnh.
Quelques jours auparavant, une première mobilisation avait eu lieu à Bình Thành. Dans la nuit du 2 au 3 mai, les militants organisèrent l’arrivée des habitants des villages environnants. Les communications télégraphiques avec Sa Đéc et Long Xuyên furent coupées et les bacs immobilisés. Au matin, selon le récit provincial, plus de 4 000 personnes marchèrent vers la résidence du chef de district en réclamant notamment le report de l’impôt personnel, la libération des personnes emprisonnées pour défaut d’impôt ou refus de corvée, la diminution des fermages et la suppression des sanctions arbitraires. La scène est évidemment reconstruite selon la mémoire révolutionnaire contemporaine. Mais les revendications affichées sont intéressantes parce qu’elles rappellent que la politisation du monde rural ne repose pas initialement sur des abstractions idéologiques. Elle part du quotidien : impôts, dettes, corvées, fermages, récoltes. La révolution entre dans les campagnes par le prix du riz et le poids de l’impôt avant d’y entrer par les grands discours.
La guerre d’Indochine vue depuis le delta
Les salles consacrées à la période 1946-1954 présentent une guerre fort différente de celle que racontent les musées du Tonkin. Ici, pas de RC4 ni de grandes vallées montagneuses. Les cartes sont couvertes de bras de fleuve et de canaux. Les armes côtoient les sampans. Les opérations militaires sont structurées par l’eau.

La carte de la campagne de Cao Lãnh, du 26 janvier au 1ᵉʳ février 1950, est particulièrement instructive. Elle montre des combats conduits autour de Tân An, Tân Thuận Tây, Hòa An et Cao Lãnh, dans un paysage fractionné par les chenaux. Le commandement du Khu 8 engagea notamment le 115ᵉ régiment, le 308ᵉ bataillon, des unités locales et des guérillas avec l’objectif de détruire ou d’obliger à évacuer plusieurs postes français et d’étendre la zone contrôlée par le Việt Minh. Les sources vietnamiennes attribuent à l’opération dix-neuf combats, la mise hors de combat d’une centaine d’adversaires et la libération d’une zone d’environ 6 000 habitants. Ce sont naturellement des chiffres issus de l’historiographie vietnamienne et ils demanderaient, pour une histoire opérationnelle précise, à être confrontés aux archives françaises.
Mais la carte révèle surtout une géographie. La guerre n’est pas organisée autour d’un front continu. Elle consiste à isoler des postes, contrôler les passages, franchir les canaux, attaquer puis disparaître. Le réseau hydrographique détermine l’opération autant que l’ordre de bataille.
1951 : Chanson assassiné au cœur de Sa Đéc
Un autre diorama montre l’un des épisodes les plus spectaculaires de cette guerre méridionale.

Le 31 juillet 1951, à Sa Đéc, le général Charles Chanson, l’un des principaux responsables militaires français du Sud, et Thái Lập Thành, chef du gouvernement régional du Sud au sein de l’État du Viêt Nam, sont mortellement atteints au cours d’une cérémonie officielle. Le musée attribue l’opération à Phan Văn Út, dit Út Ngọ.
Celui-ci avait été infiltré dans la Bảo Quốc Đoàn, organisation armée caodaïste favorable aux Français, où il était parvenu à exercer des fonctions lui donnant accès à des informations sensibles. Lors de la revue organisée pour accueillir Chanson et Thái Lập Thành, il s’approcha suffisamment près pour déclencher les explosifs qu’il portait. Le musée en fait naturellement un acte héroïque de la résistance. L’historien doit conserver davantage de distance. Plusieurs récits ont également associé l’opération aux réseaux caodaïstes dissidents de Trình Minh Thế. Cette incertitude rappelle surtout combien la situation politique du Sud était plus complexe qu’un simple affrontement entre Français et Việt Minh.
Le diorama n’en montre pas moins une réalité essentielle : la puissance coloniale pouvait être frappée au cœur même d’une ville qu’elle contrôlait.
1954 : une fin de guerre qui n’en est pas une
La chronologie du musée conduit ensuite aux accords de Genève.
Cao Lãnh possède une importance particulière dans l’application de ces accords. La Plaine des Joncs fut l’une des zones de regroupement provisoire où les forces de l’Armée populaire vietnamienne devaient se concentrer avant leur transfert vers le Nord. Des combattants, mais aussi des cadres et parfois leurs familles, quittèrent ainsi le Sud. Le regroupement devait durer cent jours. Le musée rappelle cet épisode, aujourd’hui fortement intégré à la mémoire locale, tandis qu’un monument spécifique lui est consacré à Cao Lãnh. 1954 ne constitue pourtant pas ici une véritable conclusion. Une partie des militants part vers le Nord. Une autre demeure au Sud. Les réseaux ne disparaissent pas. La géographie qui avait servi contre les Français servira bientôt dans une autre guerre.
Gò Quản Cung : combattre sur l’eau
Une grande peinture exposée dans les salles suivantes représente la bataille de Giồng Thị Đam-Gò Quản Cung du 26 septembre 1959.

La scène est remarquable : des combattants progressent en petites embarcations à travers une immense plaine inondée. Certains adversaires sont tombés à l’eau. Il n’y a pratiquement aucun terrain ferme. Voilà la guerre de Đồng Tháp réduite à son essence. Selon le récit officiel, une compagnie du 502ᵉ bataillon de Kiến Phong, ne disposant que de 42 combattants armés, surprit une force beaucoup plus importante de l’armée de la République du Vietnam. Les révolutionnaires avaient remarqué que leurs adversaires manœuvraient mal leurs sampans, formaient des groupes compacts et devenaient particulièrement vulnérables à une attaque surprise sur l’eau. Les chiffres de pertes et de prisonniers avancés par les panneaux du musée appartiennent au récit militaire vietnamien et devraient là encore être confrontés aux archives de la République du Vietnam.
L’armée la plus nombreuse n’est plus nécessairement la plus forte lorsque ses hommes maîtrisent mal leurs embarcations et que leur formation devient impossible à maintenir. L’intérêt essentiel se trouve ailleurs. Le terrain n’est pas simplement utilisé. Il est transformé en multiplicateur de force. Dans le récit révolutionnaire vietnamien, Giồng Thị Đam-Gò Quản Cung est considéré comme l’un des préludes au mouvement du Đồng Khởi de 1960, parfois qualifié de « premier coup de tonnerre » de cette nouvelle phase de lutte armée.
Xẻo Quít : lorsque le paysage devient une infrastructure militaire
La visite du musée prend toute sa cohérence lorsqu’on la rapproche du site historique de Xẻo Quít, situé non loin de Cao Lãnh. De 1960 à 1975, cette zone marécageuse devint l’une des bases clandestines de la direction révolutionnaire provinciale. Les canaux furent adaptés aux déplacements, les levées aménagées, les positions camouflées et surtout des milliers de tràm, les cajeputiers caractéristiques des zones humides, contribuèrent progressivement à former un couvert végétal capable de dissimuler les installations. Postes de commandement, abris, cuisines et lieux de réunion se fondaient dans le milieu naturel. C’est une guerre profondément différente de celle que l’imaginaire occidental associe généralement au Vietnam. Pas de jungle montagneuse. Pas nécessairement de bataille spectaculaire. Une guerre au ras de l’eau, dans laquelle un petit canal peut être une voie stratégique et quelques arbres un dispositif de camouflage.
Le musée et Xẻo Quít se complètent donc parfaitement. Le premier donne les objets et les cartes. Le second restitue l’espace.
Une histoire racontée par les vainqueurs
Il serait pourtant naïf de considérer le Musée de Đồng Tháp comme un arbitre neutre du passé. Du reste, il ne le revendique nullement. La présentation des XIXᵉ et XXᵉ siècles s’inscrit explicitement dans l’historiographie de la République socialiste du Vietnam. La colonisation conduit à la résistance, la résistance à la révolution, puis la révolution à la victoire de 1975. Les mots employés, les héros sélectionnés et les épisodes mis en scène participent à cette construction. Le Sud non communiste apparaît beaucoup moins. Les nationalistes anticoloniaux qui ne rejoignirent pas le Việt Minh sont peu présents. Le Cao Đài, les Hòa Hảo, le Bình Xuyên ou les différentes tendances nationalistes n’occupent pas la place que leur importance historique justifierait. La République du Vietnam demeure principalement présentée comme le camp adverse. Mais cette orientation n’est pas une faiblesse qui rendrait le musée inutile. Elle devient elle-même une source. Le musée permet simultanément de comprendre l’histoire de Đồng Tháp et la manière dont cette histoire est aujourd’hui ordonnée par la mémoire officielle vietnamienne.
C’est précisément pourquoi certains objets apparemment secondaires sont parfois plus instructifs que les grands dioramas. La stèle de Nguyễn Tú révèle une mémoire villageoise antérieure à la révolution. Les listes de villages révèlent l’administration Nguyễn puis française. Les instruments de musique rappellent une culture du Sud qui ne se réduit à aucune guerre. Les cartes militaires montrent la permanence de la contrainte hydrographique. Et les peintures révolutionnaires montrent comment les vainqueurs ont ensuite transformé cette expérience locale en récit national.