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Châu Sơn, un monastère cistercien entre Europe et Asie

Situé dans le district rural de Nho Quan, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de la ville de Ninh Bình, le monastère cistercien de Châu Sơn, Đan viện Thánh Mẫu Châu Sơn, demeure relativement peu connu des visiteurs étrangers. Il se trouve à l’écart des grands circuits touristiques de la province, notamment de Tràng An, de Tam Cốc et de l’ancienne capitale de Hoa Lư. Depuis la route, la végétation dense qui entoure le domaine contribue encore à le dissimuler.

Autant dire que, si l’on ignore son existence, on peut facilement passer à côté de l’un des ensembles religieux les plus singuliers de la région.

Dès l’entrée, le contraste surprend. L’église, construite en briques rouges, évoque par ses arcs brisés, ses hautes baies, ses contreforts et ses pinacles l’architecture néogothique européenne. Dans le paysage vietnamien, elle pourrait presque rappeler certaines églises du nord de la France ou de Belgique. Pourtant, quelques pas suffisent pour retrouver l’Asie. Autour du monastère s’étend un vaste parc composé de bassins, de rocailles, de petits ponts, de jardins soigneusement dessinés et d’arbres taillés. À l’arrière-plan apparaissent les pitons calcaires caractéristiques du paysage de Ninh Bình.

Le monastère fut fondé à la fin de la période coloniale. La construction de son église commença en février 1939, sous l’impulsion du père Placido Trương Minh Trạch, qui participa à l’établissement de la communauté monastique de Châu Sơn. Le chantier se déroula dans un environnement encore très rural, avec des moyens techniques relativement simples.

Le bâtiment fut ainsi élevé principalement en brique, matériau que les artisans locaux maîtrisaient parfaitement et qui pouvait être fabriqué sur place. Le recours limité aux techniques modernes de construction, notamment au béton armé, donna à l’édifice une structure largement fondée sur les méthodes traditionnelles de maçonnerie. Cette contrainte contribua finalement à façonner l’identité architecturale du monastère. La brique laissée apparente, avec ses variations de couleur et de texture, donne aujourd’hui encore à la façade une chaleur particulière.

L’intérieur est tout aussi remarquable. La longue nef est rythmée par une succession d’arcs ogivaux qui conduisent le regard vers le chœur. La voûte accentue l’impression de profondeur et d’élévation. Mais certains détails tempèrent le caractère très européen de l’ensemble. Le pavement de carreaux aux motifs géométriques, les boiseries sombres et la lumière qui pénètre par les ouvertures latérales donnent à l’espace une atmosphère plus proprement vietnamienne. L’église n’est donc pas une simple transposition d’un modèle occidental. Elle témoigne plutôt de l’adaptation d’une architecture chrétienne européenne aux matériaux, aux savoir-faire et au climat du Vietnam.

Le domaine a continué à évoluer bien après la construction du monastère. En 2013, les moines aménagèrent notamment le jardin de Fatima. Bassins, statues, rocailles et végétation y composent un parcours destiné autant à la promenade qu’au recueillement. Au milieu de cette végétation abondante, plusieurs représentations de la Vierge et du Christ rappellent la fonction spirituelle du lieu.

L’ensemble prend une dimension particulière grâce au paysage. Les reliefs calcaires qui dominent le monastère forment un décor naturel presque théâtral. L’architecture chrétienne, le jardin d’inspiration asiatique et les montagnes de Ninh Bình finissent par former un paysage cohérent, alors que leurs références paraissaient au départ très éloignées les unes des autres.

Châu Sơn n’est cependant pas seulement un monument remarquable que l’on viendrait visiter pour son architecture ou ses jardins. Le monastère demeure avant tout un lieu de vie religieuse. Des catholiques vietnamiens y viennent régulièrement pour prier, méditer ou effectuer une retraite spirituelle.

C’est sans doute ce qui fait la singularité de Châu Sơn. À l’écart des foules qui parcourent Tràng An et Tam Cốc, le monastère conserve une atmosphère de silence assez inhabituelle dans une province devenue l’une des principales destinations touristiques du nord du Vietnam. Derrière sa façade de briques rouges, presque européenne, et ses jardins profondément asiatiques, Châu Sơn apparaît ainsi comme un lieu de rencontre entre deux traditions, mais surtout comme un espace de contemplation remarquablement préservé.