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Huguette : l’étau des tranchées

Le groupe d’appuis Huguette était implanté à l’ouest de la piste de Mường Thanh. Il comprenait plusieurs positions, désignées H1 à H7 sur les plans français. Les sources vietnamiennes les identifient principalement par leurs numéros de « cứ điểm », notamment les positions 105, 106, 206, 208, 311A et 311B.

Sa mission était essentielle. Huguette couvrait directement l’aérodrome, protégeait le quartier général du général de Castries et empêchait l’ennemi d’installer son artillerie à proximité immédiate de la piste. Tant que ces positions tenaient, les avions pouvaient encore, malgré les risques, tenter des atterrissages ou effectuer des parachutages. Après la chute de Béatrice, Gabrielle et Anne-Marie, le général Võ Nguyên Giáp renonça définitivement à l’idée d’une victoire obtenue par des assauts frontaux. La stratégie du « đánh chắc, tiến chắc », « attaquer sûrement, progresser sûrement », se traduisit par une méthode nouvelle. Des milliers de soldats creusèrent, souvent sous le feu, un réseau de tranchées qui avançait chaque nuit de quelques mètres. Peu à peu, les positions françaises furent encerclées, isolées puis réduites l’une après l’autre.

C’est sur la position 106, correspondant à Huguette 7 (anciennement Anne-Marie 4), que les Vietnamiens considèrent avoir mis en œuvre, pour la première fois avec un succès complet, la tactique du « bao vây đánh lấn », l’encerclement par progression méthodique des tranchées.

Située au nord-ouest de la piste de Mường Thanh, la position 106 appartenait au sous-secteur central du camp retranché. Elle était divisée en quatre secteurs, désignés A, B, C et D, et défendue par une compagnie du 1er bataillon du 2ᵉ Régiment étranger. Sa conquête fut confiée au 36ᵉ régiment de la 308ᵉ division. Pendant plusieurs jours, les sapeurs vietnamiens creusèrent un véritable anneau de tranchées autour de la position, profitant de chaque nuit pour se rapprocher des réseaux de barbelés. Une attaque de diversion fut organisée à l’ouest afin de fixer les feux français, tandis que les véritables préparatifs d’assaut se poursuivaient silencieusement. Le 30 mars 1954, à 14 h 30, l’artillerie vietnamienne ouvrit le feu. Mortiers, canons de 105 mm, canons sans recul DKZ et bazookas détruisirent progressivement les blockhaus et les nids de mitrailleuses. Les Français, persuadés que l’attaque principale viendrait de l’ouest, concentrèrent leurs bombardements sur les positions vietnamiennes de Bản Kéo (Anne-Marie). Plusieurs batteries furent ensevelies sous les bombes, mais leurs servants remirent immédiatement les pièces en batterie dès la fin du bombardement.

À 18 h 30, l’assaut fut déclenché. Le 80ᵉ bataillon atteignit le dernier boyau d’approche. Les sapeurs ouvrirent des brèches dans les réseaux de barbelés au moyen de charges explosives. Les jours précédents, les canons de montagne de 75 mm et les mortiers de 81 mm avaient déjà détruit plusieurs ouvrages défensifs. Les défenseurs du secteur A se replièrent vers le secteur B, espérant reprendre leurs positions après la préparation d’artillerie. Ils n’en eurent pas le temps. Les assaillants progressèrent par les tranchées reliant les différents secteurs et achevèrent la conquête de la position. En trente minutes, la position 106 était tombée. Les Vietnamiens annoncent avoir mis hors de combat ou capturé 160 légionnaires. Cette victoire fut immédiatement étudiée puis généralisée à l’ensemble des unités engagées dans la bataille.

Après la chute de la position 106, les autres points d’appui de Huguette furent progressivement isolés selon le même schéma tactique. Chaque nuit, les tranchées se rapprochaient. Les sapeurs creusaient parfois jusqu’à quelques dizaines de mètres seulement des barbelés français. Les mortiers tiraient à très courte portée. Les mitrailleuses empêchaient tout mouvement de jour. Les Français multiplièrent les contre-attaques afin de rouvrir un passage vers la piste, souvent au prix de pertes très lourdes. Les positions changeaient parfois plusieurs fois de mains au cours d’une même nuit.

Mais l’initiative appartenait désormais au Việt Minh. À mesure que Huguette disparaissait, la piste d’aviation devenait inutilisable. Les avions de transport ne pouvaient plus se poser. Les parachutages devaient être effectués à des altitudes toujours plus élevées afin d’échapper à la DCA vietnamienne. Une part croissante des conteneurs tombait directement dans les tranchées adverses. Les défenseurs manquaient progressivement d’eau, de munitions, de médicaments et de vivres. Le 5 mai 1954, la chute de Huguette 5, dernier point d’appui important du secteur, consacra définitivement la perte du contrôle de l’aérodrome. À partir de cet instant, Điện Biên Phủ était condamné à vivre sur ses réserves. Le lendemain, lorsque les combats décisifs débutèrent contre A1 (Éliane 2) l’issue stratégique de la bataille ne faisait pratiquement plus de doute.

Aujourd’hui, contrairement à Him Lam (Béatrice), Độc Lập (Gabrielle) ou A1, Huguette ne possède pas un nom vietnamien unique. Les historiens vietnamiens désignent généralement les différentes positions par leurs numéros, 105, 106, 206, 208, 311A ou 311B.

Le secteur a été profondément transformé par l’extension de l’aéroport de Mường Thanh et l’urbanisation de Điện Biên Phủ. Une grande partie des anciennes fortifications a disparu sous les pistes, les routes et les constructions modernes.

Quelques vestiges subsistent néanmoins. Les positions 105 et surtout 106 sont matérialisées par de modestes stèles commémoratives. Elles rappellent non seulement les combats qui s’y déroulèrent, mais également la naissance d’une tactique qui allait progressivement étouffer le camp retranché.